Mieux que France et
mieux qu'une Inde, j'aime mon île en eau, son montage entre mer,
montagne, mornes marrons et grands ravins, rappelant au petit cœur
battant que la vie a ses plans plein la tête. Mon îlot tu me fais
dériver loin du regard des vieux monuments d'un continent aux trop
historiques héros écumeurs. Tous ces braves, enfants qui ont franchi la
mer pour l'illusion d'un vivre, copier, singer, gratter pour dépenser,
courant après ce luxe, amour du différent sans déférence, théâtre
enfermé, folie d'enfer qui t'écrase le premier cheveu blanc venu. Gars
et filles envieillis dont l'âme a perdu le refrain, les repères
d'alizés, le souffle fort des vagues d'écume, douillette et clapotis,
pour s'en aller peiner aux cadences d'horloge à trains, poètes égarés
ramassant hagards pelles de maux en non-lieu, filles mordant l'ordure.
J'aime mon île en eau, son vert ses bleus et ses rivières, son murmure
enfantin, son ralentir naïf et reposant, le sourire anodin du paysan
qui sème et arrache, chapeau au vent négligemment tenu, le soupir de la
vieille qui peine à se lever matin d'arthrose pour envoyer maïs après
ses poules. Pays d'enfants tous âges, tu me tiens dans ton creux, dans
ta verte foison et ta case en pente. Mes promenades te sillonnent comme
un courant balisé par les souvenirs de tendresse reçue et de retour en
soi. Reviens, fille égarée, dont les rêves factices, la fuite, la
méprise-jadis, ont fait marionnette, girouette au festival oppressant,
l'excitation dorée de la terne finance. Reviens chez toi, fils !
Bercails et caramboles te rediront et te rendront la vie !
J.S. Sahaï, 11 nov. 07.
Peinture numérique de l'auteur.

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