Le 22 décembre 2008 une vingtaine de personnes était réunie au Centre Guadeloupéen pour la Promotion des Langues Indiennes (CGPLI) pour rendre hommage à la mémoire de M. Loganadin Saminadin, décédé la semaine précédente à Nice à l'âge de 77 ans.
Une grande partie de ces personnes sont des étudiants de celui grâce à qui l'enseignement du Hindi et surtout du Tamoul ont enfin pu exister aux Antilles Françaises.
Après un touchant diaporama préparé par Fred Négrit, président du CGPLI, le texte de Gerry L'Etang (voir plus bas) a été lu.
Puis une série de témoignages émouvants ont évoqué la grande humilité de 'Loga', contrastant avec son savoir immense qu'il était toujours prêt à partager; son rare respect (chez un "Indien de l'Inde") pour les manières culturelles, cultuelles, culinaires, festives... et la personne des indo-guadeloupéens; sa grande compassion pour nos pertes et oublis ancestraux; son souci d'une pédagogie attrayante et efficace; ses encouragements à ses étudiants à aller le plus loin possible dans la connaissance.
Né à Pondicherry, enseignant retraité de l'Education Nationale française en Algérie puis en Guadeloupe, M. Loganadin a passé la plus grande partie de sa vie en Guadeloupe, pays d'adoption auquel il était très attaché et où il revenait toujours.
Son œuvre inestimable (dont un livre et des cassettes pour l'apprentissage du Tamoul par les francophones et diverses contributions pédagogiques à la LCR) est maintenant aux mains de ceux qu'il a formés et qui enseignent aujourd'hui le Tamoul et le Hindi au CGPLI.
La soirée s'est achevée par un chant de mantras à la mémoire de M. Loganadin.
Incinéré à Nice le 23 décembre, ses cendres seront dispersées sur le Gange à Bénarès.
Il sera dans les mémoires lors de la commémoration de la première arrivée indienne le 24 décembre de 9h à 11h au monument indien de la Darse.
Jean S. Sahaï
Ba Loga, ki
ba nou fos-la
Par Gerry L'Etang
C'est avec grande tristesse que j'apprends le décès, le 13 décembre 2008 à Nice, de Loganadin Saminadin, à 77 ans
Loga nous venait de Pondichéry, il y était instituteur. Il avait quitté l'Inde pour enseigner en Algérie, avant de se fixer, à la fin des années soixante, en Guadeloupe, où il avait appris à lire et à écrire à de nombreuses promotions de Guadeloupéens.
Loga était un amoureux de
la Guadeloupe. Toutes les fois qu'il avait pris la décision de retourner
en Inde ou de partir vivre à chez ses enfants à la Réunion ou en
France, il était revenu. Il était encore il y a peu en Guadeloupe,
avant de partir pour Nice, se soigner et finalement mourir.
Les domiciles de Loga, son
appartement à Pointe-à-Pitre puis sa Maison de Borel (Lamentin), étaient
des petits morceaux d'Inde, plus précisément du pays tamoul. Ceux
qui y passaient, en quête d'exotisme ou de resourcement, respiraient
à pleines bouffées le pays lointain. L'Inde était en effet partout :
dans les calendriers hindous, dans les images polychromes des divinités,
dans la cuisine qui fleurait le massalè, dans le Kaili que Loga revêtait
quand il recevait (tous ceux qui venaient d'Inde s'arrêtaient un moment
ou l'autre chez Loga), dans Loga lui-même, qui savait restituer le
meilleur du lieu où il était né. Et dans la langue tamoule.
Car Loga, ce fut d'abord le Tamoul en Guadeloupe. Cette langue, importée par les immigrants indiens du XIXe siècle et qui se délitait, trouva en Loga un vecteur de survie. Il eut des centaines d'élèves et contribua notablement au renouveau du tamoul en Guadeloupe. Et aussi en Martinique.
Lorsqu'au début des années
1990 j'assurai à l'UAG, à la demande de Jean Bernabé, la mise en
place du Diplôme universitaire de langues et cultures régionales (DULCR)
option indienne, que le GEREC créa en Guadeloupe et en Martinique,
Loga, qui venait de prendre sa retraite de l'éducation nationale, dispensa
quatre ans durant les cours de tamoul et de hindi. Il fut, pour tout
dire, celui qui permit l'ouverture de ce diplôme.
Car s'il fut assez
facile de trouver sur place des spécialistes de civilisation de l'Inde,
ce fut plus difficile pour l'apprentissage des langues. Sans Loganadin
Saminadin, rien n'aurait pu être fait.
Loga se passionna tellement pour cette expérience qu'il élabora, pour ses étudiants du DULCR option indienne comme pour d'autres, un Cours d'initiation au tamoul pour francophones (ouvrage et cassettes audio). Cette publication représente, aujourd'hui encore, un bréviaire pour bien des apprenants de tamoul en Guadeloupe et en Martinique.
Par la suite, ses compétences
de pédagogue tamoul furent mises à profit dans d'autres cadres, singulièrement
au travers de sa collaboration à l'aventure du Conseil guadeloupéen
pour la promotion des langues indiennes (CGPLI), initiative de
formation au hindi et au tamoul mise en œuvre en collège et ailleurs,
avec dynamisme et bonheur, par ses anciens étudiants du DULCR option
indienne : Fred Negrit, Michel Nankou, Annick Raghouber …
Loganadin Saminadin fut un
visiteur dont la venue ne fut pas sans conséquence. Il apporta à la
Guadeloupe, dans la discrétion, l'humilité, la timidité même, un
plus, une force. Il fortifia une part de ce pays - une langue et une
culture - qui menaçait disparition. Il fut un ami, un allié, un frère.
I ba nou fos-la.
Gerry L'Etang.
- Pr. Loganadin : Activités pédagogiques en relation avec les fêtes indiennes
- Plus d'info sur le Pr. Loga ici sur le site du CGPLI
- Eloge sur le site Montray
"Je pense qu'il faudrait enseigner le tamoul aux Antillais. Bien entendu entre autres langues." - Aimé Césaire à Jean S. Sahaï, Fort-de-France le 26 juin 2003.
Photos courtesy Fred Négrit et CGPLI.
Laissez vos impressions en cliquant ICI.
Merci de me faire part de l'évenement, je ne le connaissais pas : mais tous ceux qui oeuvrent pour enrichir notre connaissance de l'Inde méritent notre sympathie et ont droit de rester dans notre mémoire, surtout que vous avez noté sa compassion pour la pauvreté de notre héritage!
Monsieur Jean Sahai passez de bonnes fêtes de Noël! Ne forcez pas sur le shrubb!
A l'année prochaine!
Liliane
Posted by: Liliane Mangatal | 23/12/2008 at 19:13
Les yeux de M. Saminadin sont remplis de cette humilité édifiante.
Le contraire de la mort n´est pas la vie, c´est la naissance. Aussi M. LOGANADIN SAMINADIN est et reste éternel.
Mes condoléances à sa famille et tous ceux et celles qui l´ont connu.
Maxette Olsson
Posted by: Maxette Olsson | 23/12/2008 at 17:26
Il est passé à l'autre "ORIENT", l'éternel disent certains... le point de départ d'une transformation, disent d'autres... OM ! Et le progrès continue à s'accomplir grâce au travail des sages disparus. JAYA. 22DEC08 - 10:26:31 LT CAYENNE GF.
Posted by: Rosine Maroudy | 22/12/2008 at 10:57
Surtout un grand regret de ne pas l'avoir connu.
J'espère qu'on pourra lui rendre l'hommage qu'il mérite.
Pour moi, il a rejoint le Panthéon de nos héros.
Bien à toi,
Pierre
Posted by: Pierre Papaya | 21/12/2008 at 19:38